Accompagner jusqu'à la lumière

Grâce aux récits de NDE (ou EMI – Expérience de mort imminente), nous savons comment se passent les quelques minutes après la mort physique : le tunnel, la lumière, etc.. C’est très rassurant.

 

Mais si, pour différentes raisons, ça ne se passe pas comme ça ? Si la lumière n’est pas là ? Que faire ?

 

Dans cet article je vous raconte une expérience très personnelle que je viens de vivre.

Ma mère était dans le coma depuis deux jours, en soins palliatifs à l’hôpital. Depuis trois mois elle était devenue entièrement dépendante mais relativement consciente.

 

A la fin, les soins palliatifs à domicile ne parvenaient plus à la soulager. Il lui arrivait de crier de douleur pendant plus d’une heure d’affilée. J’ai tout essayé, tout, mais rien n’y faisait.

 

Avec ma sœur nous étions près d’elle pour l’accompagner mais c’était de plus en plus difficile, surtout les nuits. Elle a été finalement transportée à l’hôpital. Après trois jours de tâtonnements, ils ont trouvé le bon dosage de morphine, d’hypnotique et d’anxiolytique, tout à très fortes doses malgré son petit gabarit. Je vous dis ça parce que ça me semble important pour la suite. Elle somnolait mais se réveillait de temps en temps très angoissée « Je ne peux pas, j’ai peur, je n’y arrive pas ». Elle faisait un rêve dans lequel il y avait un train qu’elle avait peur de rater…

 

L’hôpital a appelé vers 2 H 30 du matin, l’infirmière qui venait de faire sa ronde l’avait trouvée morte, elle était donc décédée entre cette heure-là et son dernier passage à 1 H.

Je l’ai cherchée, simplement en pensant à elle et au lien qui nous unissait, et je l’ai trouvée. Elle était en panique.

 

Je précise que je n’ai pas fait une sortie hors du corps – je ne sais pas le faire – mais je me suis reliée à elle comme pour un soin lorsqu’on pose la main sur une personne : on ressent et on voit ce qu’elle ressent.

 

On dit que c’est l’âme qui s’en va du corps, j’ai eu plutôt l’impression que j’étais près de son esprit, sa personnalité, sa mémoire et une image de son corps. Elle était dans une sorte de capsule que j’ai pris d’abord pour une barque (!), peut-être une partie de son aura ?

 

Je l’ai entourée de mon amour et de lumière et elle m’a senti. Son esprit était encore très embrumé, comme si elle était toujours sous l’emprise des médicaments. J’ai commencé à parler avec elle. Au début c’était un peu incohérent puis ça s’est clarifié. Elle savait qu’elle était morte mais elle était dans le noir, un noir infini et elle ne pouvait pas bouger, comme enterrée vivante, je ressentais ce poids qui l’écrasait, elle avait très peur de rester comme cela pour l’éternité. C’est à cause de ce noir que j’ai voulu raconter cette expérience, ce noir qui doit être à l'origine de la mauvaise réputation de la mort, afin que si ça vous arrive, vous n’ayez pas peur.

J’ai évoqué avec elle quelques souvenirs légers : le gâteau qu’elle nous faisait quand nous étions petites, la maison, les chiens qui avaient vécus avec nous, je lui ai dit que tout le monde l’aimait. Par moment elle avait des poussées d’angoisses. Je lui disais qu’elle n’était pas perdue puisque j’étais près d’elle et que nous parlions ensemble. Ça l’a un peu rassurée, mais elle ne sortait pas de ce noir et ne pouvait toujours pas bouger.

 

En fait, je crois qu'elle se vivait encore comme si elle avait encore son corps. Elle était morte les yeux fermés et allongée, il était logique pour elle qu’elle ne puisse ni bouger ni voir.

 

Je me souviens de ma tante, morte il y a une dizaine d’années, lorsqu’elle était dans le reposoir avant la cérémonie : ses yeux de chair étaient fermés mais elle voyait ce qui se passait juste droit devant elle, elle devait être morte les yeux ouverts, son esprit avait sans doute mémorisé qu’elle pouvait voir.

Nous avons bavardé ensemble encore quelques temps et je commençais un peu à m’inquiéter : pourquoi la lumière n’était pas là ? Et si tout ça était faux et qu’elle allait rester ainsi, perdue dans ce noir à jamais ?

 

La capsule s'est mise en mouvement. J'ai d'abord voulu essayer de la retenir puis j'ai compris qu'il fallait que je la laisse partir.

 

Dans le coin gauche de ma vision une lumière très forte est apparue, la capsule est arrivée près d’elle et s’est arrêtée. Ma mère était toujours immobile à l’intérieur. Il semble qu’elle devait faire les derniers mètres « en marchant ». J’ai eu alors une idée, je l’ai « feintée » : « Tu te souviens comme tu étais une jeune femme élégante ? ». Elle s’est redressée. Elle était jeune et portait une robe chemisier couleur crème, dans un beau tissu épais, très froncée à la taille comme dans les années 60 et des talons aiguille !. Elle était magnifique.

 

Elle a marché vers la lumière. Mon angle de vision était juste au bord de la lumière, je l’ai vu y entrer joyeusement puis j’ai pensé qu’il ne fallait pas que j’aille plus loin et j’ai ouvert les yeux.

 

Maman va bien, et moi aussi.

Florence Fabrègue

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