La part du Masculin

Être une femme et se retrouver dans une position dominante n'est pas évident pour tout le monde. L'éducation que nous avons reçue pour la plupart ne nous y prépare pas. Comment diriger en conservant ses valeurs féminines, comment ne pas tomber dans le piège de faire "comme si", de "faire l'homme" ou pire, de se nier... Vous avez été nombreux à me demander des retranscriptions de séance, en voici une sur ce sujet.

 

Romane a pris une décision d’orientation qui va lui donner une position professionnelle dominante mais elle sent qu’il y a "quelque chose qui ne colle pas" et n’arrive pas à le verbaliser. Elle demande à voir ce que cette orientation signifie pour elle et s’en remet aux mythes.

119.jpgLe premier mythe qui vient à elle est celui du Pharaon.
Le pharaon égyptien est un souverain héréditaire au pouvoir absolu. On considère qu’il descend du Dieu Rê, dieu du soleil et premier roi d’Egypte. Tout comme le Pape de la religion catholique, il est considéré comme une incarnation du divin sur terre et vénéré comme un dieu vivant.

 

Romane décrit ce personnage comme quelqu’un d’important. « Il est droit, juste, imposant. C’est un homme de pouvoir. Il parle peu, écoute beaucoup mais à la fin c’est lui qui décide. C’est lui qui mène les troupes. Il est très masculin, peut-être même un peu trop. »

 

Cette dernière idée la laisse songeuse, elle reprend :

-          Il est peut-être un peu trop rigide… oui … il manque de souplesse, de douceur…

 

Puis elle repart aussitôt sur les qualités masculines si nécessaires selon elle lorsque l’on est dans une position dominante, pour être respecté.

-          Si jamais on est trop gentil, on se fait « avoir » ! rajoute-t-elle

 

Elle fait le rapprochement avec cette orientation professionnelle qui va justement la propulser dans une position de pouvoir.

-          Il faut que je reste masculine si je veux avancer, le féminin me retarderait.

 

Je lui propose d’approfondir sa relation au féminin en tirant un autre mythe.

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C’est l’Eden qui se présente.

L’Eden est le jardin mythique dans lequel le Dieu de l’Ancien Testament installe Adam et Eve après les avoir créés et dans lequel ils ne manquent de rien. La scène représente un décor idyllique où prédateurs et proies vivent côté à côte en parfaite harmonie. On aperçoit au loin Dieu, Adam et Eve.

 

J'attire son attention sur le fait que, tout comme Eve avec Adam, c’est le féminin qui pour elle précipiterait la chute de l’homme.

Elle entame la description de l’image et se fixe tout de suite sur le lion et la panthère au premier plan.

-          Le lion ne veut pas de cette lionne, il est très renfrogné. Il veut qu’elle le laisse tranquille mais elle insiste, elle fait un geste timide de la pâte, elle est vraiment soumise. C’est bien une femelle !, dit-elle avec un certain mépris.

 

Je lui fais remarquer qu'il s'agit d'une panthère et non d'une lionne et cela renforce sa conviction "Il veut une vraie lionne forte et courageuse!"

Je lui demande ensuite à quel personnage elle s'identifie : au lion, bien-sûr, encore un personnage masculin.

-          Je crois que j’ai une assez mauvaise image du féminin, me dit-elle. J’ai d’ailleurs peu d’amie fille. En général, les filles m’énervent. Je suis toujours avec des garçons…

-          Vous êtes pourtant très féminine à ce que je peux voir. Ce n’est peut-être pas le féminin que vous rejetez, mais les femmes que vous avez croisées jusqu'à présent.

-          C’est sûr, je n’ai pas eu de chance ! Elle rit.

 

Je reprends :

-          Vous êtes une femme qui va être au pouvoir. Allez-vous pour autant être obligée de « faire l’homme » ?

-          Le féminin ne fait pas avancer, il ne se fait pas respecter… Dès que je suis douce et attentionnée, je me fais avoir…

-          N’y a–t-il pas des femmes au pouvoir qui ont su mettre en avant aussi leur côté féminin ? lui demandais-je… et je lui cite quelques chefs d’états.

-          Ce sont toutes des femmes très masculines, autoritaires et inflexibles.

-          C’est vrai, elles ont un côté masculin très fort et il est nécessaire dans la position qu'elles occupent.

 

Je lui cite le cas d’Angéla Merkel, la seule chef d’état qui a choisi d’accueillir ouvertement des migrants. N’y a-t-il pas dans ce geste de la compassion ?

-          C’est une stratégie, me répond-t-elle avec dédain, son pays est vieillissant, il a besoin de se renouveler.

 

15.jpgLe mot « stratégie » me ramène inévitablement à Athéna, la déesse grecque de la stratégie guerrière, de la sagesse. Essayons de voir si c’est l’Archétype dont elle a besoin pour redonner de la valeur au féminin.

 

Athéna est née toute armée du crâne de son père Zeus en hurlant un cri de guerre. C’est la fille préférée de son père. Hadès (dieu des enfers) partage avec elle et Hermès, la Kunée, le casque d’invisibilité qui lui permet de visiter le camp ennemi lors d’une guerre. On retrouve un casque semblable porté par Siegfried dans la mythologie nordique. Elle porte sur sa poitrine la tête de Méduse dont les yeux pétrifient celui qui la regarde. Une chouette, symbolisant la sagesse, est placée sur son épaule.

 

Bien que prenant toujours part pour un des belligérants, Athéna ne se bat pas. Sa seule présence met en déroute les armées adverses. Bien que guerrière, elle n’en est pas moins d’une grande bienveillance avec les humains qu’elle sait écouter et conseiller. Elle soutient Ulysse pendant la guerre de Troie et le défend contre Poséïdon, son frère et dieu de la mer, qui veut la mort du héros. Sous la forme de Mentor - qui n’est pas sans rappeler l’Archange Raphaël guidant Tobie ou encore Odin, déguisé en vieillard guidant Siegfried – elle devient un voyageur attentif qui prend sous son aile le jeune Télémaque, fils d’Ulysse. Elle veillera à la formation du jeune homme jusqu’à ce qu’il accomplisse sa mission.

 

Romane reconnaît en Athéna ce masculin qui l’habite. Elle rit en me racontant comment elle sait, en quelques mots définitifs et bien sentis, faire taire un contradicteur agressif (le regard de Méduse). Puis comment, l’air de rien, en toute discrétion (la Kunée), elle se retrouve au centre des débats où elle impose ses vues d’une voix calme et assurée (la chouette). Sa petite silhouette gracile se prête bien à ce genre « d’infiltration ». 

 

Pour le féminin, elle a plus de mal à le voir en Athéna comme elle a des difficultés à le retrouver en elle. Je développe le personnage de Mentor puis lui pose cette question :

-          Qui aidez-vous ?... Qui avez-vous soutenu ?

 

Après réflexion elle me raconte qu’il y a quelques mois elle a réuni les meilleurs étudiants de sa formation et leur a proposé de donner des cours de mise à niveau en maths à ceux qui étaient en difficulté. Les résultats sont probants et elle en est très heureuse.

-          Voilà, c’est exactement Athéna ! m'exclamais-je. Athéna veille à rester à l’écoute des besoins de ceux sur qui son autorité est étendue afin que tout le monde parvienne  à ses buts. Athéna n’est pas au pouvoir comme le serait Zeus qui fait respecter la loi. Athéna crée les lois qui rendent le monde meilleur.

-            En y réfléchissant, c'est vrai que je suis assez protectrice avec mes ami(e)s et je n'arrête pas de les coacher !

 

Comme nous avions parlé de « Star Wars » précédemment, je reprends un élément de langage du film :

-          Elle est là pour « équilibrer la force » …

 

Je propose à Romane de bien prendre conscience de son côté « Mentor », c’est un aspect sur lequel elle peut appuyer son autorité et la rendre profitable pour tous.

-          Mais où est la force d’Athéna ? me demande-t-elle, si elle ne se bat pas. Comment se fait-elle respecter ?

-          Sur certaines sculptures le casque d’Athéna est orné d'un char tiré par des chevaux fougueux. Cela représente la puissance de sa pensée. Lors d’un conflit, il faut des soldats pour aller au combat mais on a surtout besoin de quelqu’un qui va réfléchir, penser juste, voir au-delà de l’affrontement, analyser et trouver des solutions avec sagesse et clairvoyance - et cela est très respectable, même par une brute !. Il y a aussi la tête de Méduse dont le regard pétrifie… et dont vous savez bien vous servir d’après ce que vous m’avez dit !

 

Je rajoute enfin que le problème d’Athéna est qu’elle reste une déesse vierge, c’est-à-dire qu’à part les interactions avec son père elle n’a pas de vie intime satisfaisante avec d’autres dieux ni avec les hommes. Athéna, trop brillante, trop forte d’un premier abord fait peur dans le cadre d’une relation sentimentale. Par ailleurs, Mentor bien que bienveillant ne se prête pas à une relation égalitaire. Athéna ne peut concerner que le professionnel et éventuellement l’amical dans certaines situations mais en aucun cas les relations amoureuses qui seraient faussées.

-          C’est vrai que je ne sais pas non plus comment me placer dans une relation amoureuse. Comme je ne veux pas être trop dominante, je reste souvent un peu trop effacée à mon goût. A ma grande honte, j’agis parfois comme la panthère de tout à l’heure ! Je ne sais pas comment donner sa place au masculin sans perdre la mienne.

 

Je propose à Romane  de passer le mois avec Athéna et de se laisser guider par elle. Nous trouverons la prochaine fois une déesse pour compléter Athéna sur un plan plus personnel.

Elle revient le mois suivant satisfaite de son "partenariat". Athéna était déjà en elle mais restait floue. Se pencher sur cet archétype l'a réveillé. Nommer cet aspect d'elle-même, le circonscrire l'a légitimé. Il s'est maintenant intégré harmonieusement dans sa personnalité. Elle sait qu'elle peut s'appuyer sur lui et le mobiliser dès que nécessaire. Elle l'assume en conscience.

Florence Fabrègue

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